La méthémoglobinémie ou maladie du bébé bleu …

(à ne pas confondre avec une autre maladie bleue due à une malformation cardiaque)

… est à l’origine de la fameuse norme de 50 mg/L de nitrate de sodium dans l’eau potable, par la FAO en 1962.

Aujourd’hui encore, quand on demande quel est le danger présenté par les nitrates, c’est la première cause citée. Il est vrai que ça fait tout de suite peur, que personne n’a envie d’avoir un bébé bleu même quand on précise qu’il s’agit en fait d’une délicate couleur gris ardoisé !, et que c’est encore pire quand il est précisé qu’il s’agit d’une cyanose…

Qu’est ce que c’est ?

La méthémoglobinémie est une diminution héréditaire ou acquise (par un toxique) de la capacité des globules rouges à transporter l’oxygène.

Les surdosages en médicaments (phénazopyridine, dapsone, lidocaïne…), l’ingestion massive d’engrais, l’inhalation de nitrites volatils (poppers), l’exposition à l’aniline en milieu de travail peuvent entraîner cette méthémoglobinémie.

On parle de méthémoglobinémie quand les globules rouges contiennent des quantités anormalement élevées de méthémoglobine (à partir de 10 à 15% par rapport à la bonne hémoglobine).

La méthémoglobine est obtenue par l’oxydation de l’atome de fer ferreux (ion Fe2+) de l’hémoglobine en fer ferrique (Fe3+). L’ion ferrique forme une liaison irréversible avec l’O2, qui ne peut de fait être distribué aux tissus. A la différence de l’ion ferreux qui crée une liaison réversible avec la molécule de dioxygène, permettant ainsi la libération de l’O2 et l’oxygénation des tissus.

On définit sa proportion par rapport à la quantité totale d’hémoglobine. Son taux normal chez un sujet sain est de 1 à 2 %.

Cet équilibre est contrôlée par un système enzymatique grâce à la méthémoglobine réductase.

L’enfant de moins de 6 mois et plus particulièrement de moins de 3 mois est plus susceptible à la méthémoglobinémie car il est dépourvu de l’enzyme clé comme la NADH-cytochrome b5 réductase qui convertit la méthémoglobine en hémoglobine. C’est environ vers l’âge de 6 mois que l’enfant atteint le taux d’enzyme proche de celui de l’adulte.

Historique : la maladie bleue du nourrisson a été très vite attribuée aux nitrites, oxydant puissant, et la présence des nitrites due à une réduction biologique des nitrates dans le système digestif.

Dans l’article précédent, Mme Apfelbaum attribue la transformation des nitrates en nitrites in vitro, dans les biberons et surtout dans la purée de carottes ! Ce qui peut paraître anecdotique dans la responsabilité de la purée de carottes, de tout temps utilisée pour combattre les diarrhées chez le nourrisson, se confirme encore aujourd’hui (voir plus loin).

En attendant, il faudrait se demander pourquoi l’eau des puits à cette époque contenait autant de nitrates. Aujourd’hui, il est prouvé que le taux de nitrates dans les nappes phréatiques provient en très grande partie des fertilisations azotées, sacs d’engrais ou déjections animales épandues (fumiers, lisiers…).

Aux USA, à l’agriculture traditionnellement extensive, avant 1960, il n’y avait certainement pas assez de fertilisation minérale pour polluer les nappes. Les nitrates présents ne peuvent provenir que d’une pollution d’origine organique (fécale et urinaire, sans doute des animaux de la ferme, tas de fumier…), de l’oxydation de l’azote ammoniacal et organique.

La présence de nitrates est donc corrélée à une pollution organique et donc bactérienne !

On obtient donc la suite mortelle suivante : ingestion d’eau polluée, d’où diarrhée, d’où ingestion de purée de carottes (avec nitrates et bactéries = production de nitrites), d’où méthémoglobinémie.

(Il est aujourd’hui prouvé que la purée de carottes est dangereuse à cause des nitrites quand elle est conservée plus de 12 h, même au réfrigérateur ! Il faut aussi se méfier de la purée dépinards et autres légumes-feuilles).

La question de savoir si les nitrites sont produits in vitro ou in vivo n’a pas été prise en compte par la FAO. Mais, à mon avis, ce sont plus les progrès de l’hygiène que la limitation des taux de nitrates (qui ont augmenté fortement en moyenne depuis cette époque), qui ont fait que la maladie du bébé bleu pour cause d’eau nitratée a aujourd’hui pratiquement disparue (voir plus loin), et l’ingestion directe de nitrites formés dans la purée de carottes explique les très nombreux cas de cette époque.

Causes reconnues actuellement :

–         déficit des enzymes méthémoglobines réductases,

–         anomalies génétiques de l’hémoglobine qui la rendent plus sensible à l’oxydation,

–         beaucoup plus fréquentes, les méthémoglobinémies dites toxiques dues à l’exposition à des médicaments ou composés chimiques oxydants comme les nitrites.

La liste des produits oxydants dont beaucoup de médicaments est longue et je vous l’épargnerai. cf doctissimo :

http://www.doctissimo.fr/html/sante/encyclopedie/sa_1128_methemo_enf.htm

Le corps médical note par ailleurs la possibilité de transformation in vivo de nitrates en nitrites par les entérobactéries, et surtout en cas d’infection intestinale . Cf un exemple récent dont je donne un extrait de peur que le lien ne devienne périmé, accusant nettement la purée de carottes :

(http://www.votre-enfant.com/wiki/Les_m%C3%A9th%C3%A9moglobin%C3%A9mies):

« La semaine précédant la consultation, l’enfant fit une diarrhée avec des vomissements et une forte fièvre. Le médecin conseilla de la soupe de carottes, du charbon activé, un épaississant des biberons et un antiseptique intestinal polyvalent à base de dibromoxyquinoléine et de sulfaguanidine. Ce traitement n’entraîna aucune amélioration et quelques jours plus tard, l’enfant pâlit brusquement puis prit un teint gris ardoisé généralisé qui inquiéta tout l’entourage.

Le diagnostic était tout aussi évident pour Huang que pour Pascal. Un traitement fut institué et l’enfant sortit de l’hôpital guéri. Deux semaines plus tard, devant une diarrhée à colibacilles pathogènes, l’enfant fut mis à la carotte. De nouveau, très rapidement, il prit un teint ardoisé sans aucun signe de détresse respiratoire et sans perturbation hémodynamique… »

Enfin pour compliquer les choses : (http://www.afssa.fr/Documents/EAUX-Fi-NitratesNitrites.pdf)

« La compréhension des phénomènes a été modifiée depuis une vingtaine d’années. On a notamment observé que des diarrhées ou des troubles gastro-intestinaux pouvaient être associés à une méthémoglobinémie en l’absence de taux élevé de nitrates dans l’eau de boisson ou dans l’alimentation (Gebara et Goetting, 1994).

Comme la diarrhée était un symptôme prédominant dans la majorité des méthémoglobinémies liées à l’alimentation, la diarrhée, les infections ou l’inflammation du tractus gastro-intestinal seraient les principaux facteurs de la méthémoglobinémie.

L’oxyde nitrique est produit par les tissus en réponse à une infection ou une inflammation. Les données épidémiologiques suggèrent que la méthémoglobinémie peut être d’origine infectieuse.

Actuellement, en France :

L’Afssa a consulté les CAP-TV afin de recenser des cas de méthémoglobinémies survenant en France enregistrés dans le système d’information des centre antipoison et de toxicovigilance et d’identifier d’éventuels cas liés à une exposition aux nitrates. Les conclusions montrent que sur la période allant de juillet 1999 à janvier 2008, les circonstances de l’exposition des cas ont été considérée sous une hypothèse « nitrate » en dehors de l’exposition à des produits phytosanitaires (engrais…) dans deux dossiers seulement sur 357 recensés, sans que l’hypothèse d’une contamination de l’eau ne soit mentionnée.

On a bien lu :

Sur pratiquement une décennie :

357 cas recensés,

2 peut-être dus aux nitrates (engrais, purée de carottes ?)

zéro à l’eau de boisson

On constate que les connaissances actuelles ne confirment pas le bien fondé de la norme en ce qui concerne le risque de maladie bleue.

P.S. Traitement :  Clin d’œil de l’allopathie à l’homéopathie : la maladie du bébé bleu est soignée par … le bleu de méthylène par injection intra-veineuse.

N.B. L’allaitement maternel protège les bébés de la méthémoglobinémie. (Source OMS).

Faire bouillir l’eau n’élimine pas les nitrates.

A suivre…

2 thoughts on “La méthémoglobinémie ou maladie du bébé bleu …”

  1. En gros le bleu de méthylène sert à activer la NADPH méthémoglobine réductase, qui est une coenzyme permettant la réaction méthémoglobine vers hémoglobine. Il faut l’administrer par intra-veineuse.

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